mardi 17 mars 2009

Qui veut ma place ?

Interrogé à Dole par France 3 Franche-Comté
(mardi 17 mars 2009)

Depuis les cantonales 2008
, le Conseil Général du Jura comporte autant d'élus de Gauche que de Droite. C'est cette dernière qui est au pouvoir, grâce à l'attribution de la présidence à l'élu le plus âgé.

De mars 2008 jusqu'à hier, j'ai mené le groupe de
Gauche, travaillant dans le cadre d'une « cogestion » avec la Droite fondée sur le respect et sur un partage équilibré des responsabilités.

La
Gauche n'avait pas perdu ces élections ; elle est même la plus légitime démocratiquement puisqu'elle est élue dans quatre des cinq cantons les plus importants en nombre d'électeurs.
Qu'a-t-elle fait depuis mars 2008 ?
Nous avons rendu le budget plus lisible, permis l'embauche de 16 personnes pour pouvoir appliquer la loi de mars 2007 sur la protection de l’enfance et de l’adulte, ré-organisé la maison départementale de la personne handicapée, ...

Mais la
Gauche n'avait pas non plus gagné ces élections.
Qu'a-t-elle fait depuis mars 2008 ?
Nous avons critiqué l’asphyxie des finances départementales orchestrée par l’Etat, la sur-taxation des ménages jurassiens (très au-dessus de la moyenne nationale), la sous-taxation des entreprises, la reconduite pure et simple par la droite des subventions sans garantie d’emplois, donc sans aucun retour de la part des entreprises (pourtant aidées par de l'argent public dans un contexte de crise de l'emploi exceptionnellement grave), ...

Cette période de cogestion est maintenant terminée car la Droite n'en a pas respecté les termes du contrat et n'a absolument pas proposé de compenser certaines provocations venues de ses rangs.

Et maintenant ?

Notre Conseil général est dans une situation très particulière, que nous avons
le devoir d'analyser avec le ressenti de chacun de nos électeurs. Or une telle exigence conduit inévitablement à refuser de se limiter à un choix binaire et frustrant entre la cogestion initiale (2008) et une nouvelle posture d'opposition politique (2009).

Or c'est cette posture qui a été « clairement choisie » par sept élus de mon groupe
, dans un courrier qu'ils m'ont personnellement adressé et dont la presse jurassienne a parlé le 5 mars 2009.

Ces sept conseillers généraux me reprochent (attention, la liste est longue ...) :

- des « négociations » avec la Droite menées « en posture de minoritaire ».
C'est faux. La cogestion s'est mise en place sur des critères équilibrés, au début acceptés par l'ensemble du groupe de
Gauche, et respectés par la Droite (vice-présidences, partage des responsabilités, ...).

- un travail de groupe jugé « désordonné et non préparé », dont il m'attribue la responsabilité.
Pour ma part, je m'abstiendrai de dire publiquement ce que je pense de leurs activités et méthodes.

- des « relations privilégiées » (que j'assume entièrement) avec André Vauchez, conseiller général du canton de Chemin.
Or c'est lui qui a mené (avec moi) la formation des candidats aux cantonales avant mars 2008, et il est le plus compétent d'entre nous dans plusieurs domaines.

- sa voix favorable au vote du budget fin 2008, avec la Droite. Pourquoi l'a-t-il fait ?
L'explication se trouve dans le courrier que ces conseillers généraux m'ont adressé : ils écrivent que « c’est la Droite qui venait de perdre les élections ».
C'est faux, elle n'avait pas davantage perdu que nous. Mais elle n'avait pas gagné non plus, donc nous étions
en position de participer à l'exécutif et de promouvoir et mettre en oeuvre de réelles avancées sociales. C'est ce que nous avons fait, voici pourquoi André Vauchez a voté en conscience le budget auquel il avait beaucoup travaillé.

- enfin, d'avoir « fait mon choix » entre mon lien de proximité et d'amitié avec André Vauchez et les « décisions » du groupe. Là encore, c'est faussement simpliste.

Certains d'entre nous pensent que si la Gauche a l'occasion de participer concrètement à des actions sociales et écologiques dans le cadre de la politique du Conseil Général, mais ne le fait pas, alors ses électeurs lui en voudront. C'est vrai !
Et d'autres pensent que si la Gauche ne s'oppose pas frontalement et sans retenue aux actions de Droite menées dans ce même cadre, alors elle subira aussi des reproches. Et c'est également vrai ...

Nous avons le devoir de critiquer la Droite lorsque c'est pertinent (et ça l'est souvent), et en même temps, de proposer, mettre en œuvre et promouvoir des actions de Gauche. C'est cet équilibre difficile qu'il nous faut suivre car il respecte le choix des jurassien-ne-s d'un Conseil également partagé entre les deux sensibilités.

Conclusion

Nous ne sommes plus au pouvoir, la cogestion est finie. Mais lorsque la Droite partage ce pouvoir avec nous sur certains dossiers, nous n'avons pas le droit de refuser automatiquement au nom d'une posture d'opposition qui serait légitime et compréhensible si nous avions perdu, mais qui sera mal interprétée dans notre situation.

Si l'on met de côté les communistes qui souhaitent garder leur identité à part, la Gauche avait initialement choisi la cogestion : une ligne, donc un groupe.
Maintenant, elle choisit deux lignes différentes qui vont donc s'incarner dans deux groupes partenaires mais distincts : l'un d'opposition, l'autre entre critique et travail.

Je choisis cette dernière option. J'appelle les élus de Gauche à courageusement accepter ce devoir d'équilibre imposé, pour l'intérêt général, et à me rejoindre dans la création de ce nouveau groupe, contre la peur du changement.

9 commentaires:

Un socialiste lucide a dit…

Cher camarade,

Si Christophe Perny a eu ta peau, je pense que la Gauche locale est décidément le meilleur faire-valoir de la Droite. Le grand vainqueur de vos bisbilles infantiles, c'est Sermier qui vous plumera aux prochaines cantonales.

Bravo la Gauche !
Merci M. Perny !!

Anonyme a dit…

« La Gauche locale », c'est qui exactement ? Parce qu'on se ren bien compte qu'elle est tout de meme assez diverse..

Je ne voi pas d'infantilisme dans l'analyse de M.Viverge.

Il y a clairement 2 visions différente de la situation au Conseil, et sans doute aussi 2 manières de travailler et de se comporter.

Je préfére 2 groupes de gauche qui avancent bien (3 avec le PC) plutôt qu'un seul qui tangue, zigzague et éclabousse tout.

Paul Itik a dit…

M. Viverge, avec 17 élus de chaque côté, on ne peut vous en vouloir d'avoir essayé la cogestion.

C'est la droite qui n'a pas respecté le contrat. Mme Pélissard s'est présentée à la présidence de l'OPH contre les accords de cogestion, et contre son propre camp. Le Président Raquin n'a rien proposé en échange et a failli dans son rôle d'arbitre.

Pour le reste ... Nous savons très bien qu'il y a la vitrine (ce qui est dit dans les médias), et l'arrière-cour beaucoup moins reluisante ...

Anonyme a dit…

Paul Itik a dit... M. Viverge, avec 17 élus de
chaque coté, on ne
peut vous en vouloir d'avoir essayée la cogestion.

C'est vrai que c'est une situation
rare et qu'il faut savoir s'adapter !! ..

En fait, on a surtout l'impression
que la cogestion en 2008 a permis à certains
elus de faire avancer concrétement le social, et à
d'autres (de tout bord) de préparer l'etape
suivante : l'opposition
dans sa forme la plus traditionnelle ...

Chacun son truc les electeurs jugeront !

Si je comprnd bien (ce n'est pas sur :-D ) Patric
Viverge propose maintenant de faire avancer
concretement le social de la main gauche
tout en critiquant la main droite ?

Dur dur, c'est ambitieux et difficile,
mais les jurassiens l'ont voulu, non ?

Patrick Viverge a dit…

Bonjour
Jaime beaucoup l'image "faire avancer concrètement le social de la main gauche tout en critiquant de la main droite" En réalité, il n'y a pas que le social pour lequel nous avons une vision novatrice. Le 27 mars, nous voterons la nouvelle politique des contrats communautaires. Cela concerne l'aménagement du territoire. Mon collègue Thierry Faivre-Pierret a énormément travaillé le sujet et fera des propositions très intéressantes .
Merci pour vos commentaires.
P.Viverge

Anonyme a dit…

La Voix du Jura de ce jour reprend mot à mot des extraits de votre blog !

L'article débute auparavant en expliquant que les conseillers de gauche ont élu Christophe Perny lundi soir, mais ne donne pas l'identité de ces conseillers, ni le nombre de voix obtenu par les candidats.

C'est secret ? D'habitude, la Voix du Jura sait être davantage précise ...

Et vous avez vraiment « claqué la porte » après ce vote ? Ça ne vous ressemble pas !

En tout cas, vous avez tous été élus pour nous représenter, à égalité avec la droite : il faudrait que le cumulard Sermier comprenne le message et vous laisse travailler dans de bonnes conditions sur la moitié de l'ensemble des actions du Conseil général.

S'il ne le fait que partiellement, il faut nous le dire et nous l'expliquer ! Voilà ce qu'on attend de vous !!

Patrick Viverge a dit…

Vous avez raison, je n’ai pas pour habitude de claquer les portes.
J’ai envoyé une lettre aux 17 conseillers Généraux de gauche pour leur expliquer que je ne pouvais continuer à travailler dans de telles conditions. Depuis mon élection de Président du Groupe de gauche, j ai passé beaucoup trop de temps à subir les attaques incessantes à l’intérieur du groupe. J’avais donc décidé de créer un groupe pour travailler plus sereinement au service des Jurassiens. Je suis donc venu à cette réunion que j avais provoqué, avec un ordre du jour précis expliquer ma décision puis je suis parti, soulagé et tranquille.
Il n’y a eu qu’un seul candidat pour me remplacer. Sa candidature a obtenu 7 voix, une abstention, les autres n’on pas souhaité participer au vote.
La droite, effectivement , n’a pas respecté ses engagements, c’est ce qui a provoqué la rupture de la cogestion
Maintenant, il y a de nombreux dossiers à défendre, il y a beaucoup de travail à fournir, c’est la tâche que je me suis donné et que je vais pouvoir continuer d’une façon collective plus sereine avec comme seul objectif, l’intérêt de tous les Jurassiens.
P.Viverge

Paul a dit…

M. Viverge, encore un peu plus de précisions svp. Qui vous a porté les "attaques incessantes" dont vous parlez ? Qui a fait capoter la cogestion qui ne pouvait être que bénéfique à la Gauche jurassienne (histoire de montrer enfin qu'elle avait des idées et savait les appliquer).

Celui qui a causé la rupture du groupe porte une responsabilité ENORME !

Patrick Viverge a dit…

Je n’ai pas l’habitude de claquer les portes, mais je n’ ai pas l’habitude non plus de « balancer »publiquement.
Je suis certain que vous connaissez les noms des personnes pour qui la cogestion desservait les intérêts particuliers et aurait obligé à fournir un travail inhabituel……..Si le doute est intolérable, je vous répondrai en « privé »