samedi 29 mai 2010

Intervention publique D.M.1

Photo - Le Progrès - Philippe Trias

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Une DM1 n’est que le réajustement budgétaire du BP, sans grand impact financier ou politique et pourtant aujourd’hui le contexte économique et politique est tout à fait singulier. En effet, il ne se passe pas un jour sans que nous entendions parler, dans les médias, chez mon boulanger, de la crise globale que nous vivons. Crise mondiale, comme si nous n’avions aucune responsabilité. Elle nous touche, mais vient d’ailleurs, comme si une fatalité faisait que nous ne pouvions échapper à notre destin. Comme si la responsabilité ou la cause venait d’ailleurs… origine divine peut-être ?

Par un jeu de domino, le monde va mal, l’Europe va mal, la France va mal et notre Département va mal. Pour la DM1 du budget 2009, il y a un an, nous disions en introduction : « Nous vivons une crise mondiale majeure et l’insouciance dont nous faisons preuve témoigne du manque de prise de conscience de cet événement historique. En 1929 la dette publique et privée aux USA atteignait 130% du PIB, début 2008 nous étions à 235%. »

Il n’y a pas de fatalité, nous l’avons dit :

Cette crise est d’emblée sociale du fait du mauvais partage du temps de travail. Le temps de travail de tous les Etats d’Europe, tend vers les 30 heures Le temps libre est une certitude qui laissera à chaque personne la possibilité d’organiser sa vie citoyenne . À nous simplement de choisir entre régulation et partage ou chômage et précarité.

Cette crise est économique nous le répétons aussi, la mauvaise répartition de la richesse est intolérable. Entre les salaires les plus bas et les plus hauts, le coefficient multiplicateur ne devrait pas dépasser 20, ce qui est déjà énorme. De plus, en 20 ans, 11 points du PIB sont passés des poches des salariés aux poches des actionnaires. Si nous pouvions les rembourser, c’est 800 € que nous donnerions par mois à chaque salarié.

Cette crise est également financière La bourse ne cesse de monter puis de chuter sous le coup des spéculateurs et pendant ce temps la dette de l’Etat et celle des collectivités territoriales augmente. En France, nous devons payer 43 milliards d’euros d’intérêts par an, ce que nous arrivons tout juste à faire, et nous ne sommes plus capables de rembourser le capital !A ce propos, il faut rappeler à qui l’Etat français emprunte-t-il de l’argent ? A la banque de France ? C’est ce qu’il faisait jusqu’en 1973 et cela sans intérêt. A la banque centrale européenne ? Banque publique, c’est ce qu’il devrait logiquement faire. Et bien non, l’Etat Français comme les Etats Européens, sont contraints, depuis le traité Maastricht, d’emprunter sur les marchés financiers, c’est-à-dire aux banques privées et à leurs actionnaires qui s’enrichissent de cette dette. 43 milliards d’intérêt c’est 250 airbus …

« Nous n’aurions pas du céder nos instruments d’intervention dans l’économie, a dit Michel Rocard, nous n’aurions pas du céder sur la Banque de France qui permettait à l’Etat d’émettre du crédit, alors qu’aujourd’hui il est contraint de l’emprunter aux banques privées » septembre 2008

Ce capitalisme financier prédateur est à l’origine de crises spéculatives de plus en plus graves. Aujourd’hui va-t-on oser dire aux travailleurs qu’ils devront travailler gratuitement deux mois pour rembourser la dette, à l’image des fonctionnaires grecques ? On leur dit déjà qu’ils devront travailler plus longtemps alors qu’il y a de plus en plus de chômage ! alors qu’il n’y a plus de travail. Cela est une odieuse arnaque, l’Etat se moque des travailleurs !

Mes chers collègues, cette séance s’ouvre avec un déchirement du voile que certains ont voulu maintenir longtemps sur la gestion du département. André Vauchez avait, au nom du groupe « Agir à gauche » demandé il y a deux ans, un audit qui a été fait par le cabinet Klopfer. Et que disait cet audit ?
Pas de casse si on ne touche pas aux investissements,
Pas de casse si les dotations de l’Etat sont maintenues en Euros constants,
Pas de casse si les dotations de l’Etat qui doivent accompagner les transferts se font dans la transparence
Pas de casse si les recettes fiscales restent inchangées

Qu’en est-il aujourd’hui ? Aucun des scenarii ne se produit. En trois exercices budgétaires les prélèvements alimentant nos investissements ont été divisés par deux, de ce fait, l’endettement a été multiplié par trois!! La réalité est douloureuse, vous accusez la Gauche de mal gérer, mais la droite pratique la politique des poches trouées !!

Nous avions de notre côté, depuis des années et surtout ces trois dernières, annoncé les risques qui étaient encourus par notre département. Aujourd’hui le département souffre pour différentes raisons :

1) Du fait des engagements pris par l’ancienne majorité départementale faisant des promesses à tout le monde sur des investissements routiers surtout, en accumulant des projets d’investissement mal contrôlés et en refusant systématiquement de faire des programmations d’investissement pour savoir où va le budget du département. De ce point de vue les EDAT remplissent désormais cette mission.

2) Cette responsabilité incombe également à l’Etat avec des transferts de compétences et donc de charges non compensées en totalité. C’est aujourd’hui confirmé par des rapports tout à fait officiels, comme celui de Monsieur Jamet, Directeur Général des Services du Président du Conseil Général du Département Rhône, Monsieur Michel Mercier, Ministre de l'Espace rural et de l'Aménagement du territoire que l’on ne peut pas soupçonner d’être complaisants avec la gauche.

3)
Responsabilité des parlementaires de droite qui ont voté ces lois iniques qui ont engagé la gestion territoriale de notre pays dans une impasse totale.

Personne ne sait dans quelle situation nous serons en décembre pour le B.P 2011, ni le niveau de nos recettes. Que devient notre autonomie financière ! Nous maitrisons 41 Millions d’euros sur 305 c’est-à-dire environ 15 % de notre budget avec des emprunts de 47 millions d’euros ! Ce que nous avions prévu arrive, nous sommes dans le mur !

Aujourd’hui, le problème qui est posé à tous est de savoir comment on va s’en sortir dans intérêt des Jurassiens. C’est un vaste chantier qui dépasse nettement le champ de notre DM1.

Cependant, répondant à nos inquiétudes, donc cela est à mettre à notre actif, vous nous proposez de réduire de 7 millions d’Euros les emprunts 2010 ce qui allège la dette future. Nous allons continuer à faire des propositions et des amendements pour diminuer les dépenses de cette DM1. Notre groupe avait pour le BP 2010, et je en suis fier, réussi à faire réduire le budget des routes et augmenter celui du social, nous nous étions donc abstenus et certains nous l’ont vertement reproché, mais cette avancée était la nôtre et nous comptions bien ne pas laisser à la majorité de droite les fruits de notre travail.

Cette année, la crise s’aggravant, nous avons décidé de revendiquer un principe simple :
nous n’accepterons aucune diminution des budgets sociaux. Il faudra certainement rogner sur le reste, nous y sommes prêts, mais pas question de toucher au social ! Dans une période aussi grave pour les Jurassiens, c’est la mission de base du C.G d’aider les familles précarisés et surtout les personnes âgées dépendantes

Monsieur le Président mes chers collègues, les routes coûtent cher, nous l’avons vu en commission permanente où nous avons voté 1 million d’euros pour la simple réfection superficielle de 5km de route.

Pouvons-nous autoriser, pour des raisons politiciennes, que les camions en transit, qui n’ont rien à faire sur nos routes, qui n’apportent rien à l’économie locale, continuent à les dégrader alors que les trois axes principaux (ex RN5, ex RN 83 et ex RN 73) sont longés par des autoroutes ? Un camion de 40 tonnes dégrade autant la chaussée que 100 000 voitures. Nous, nous le refusons, nous refuserons de payer le prix humain et financier de votre manque de courage. Le président de la République dit incessamment que le slogan « Il est interdit d’interdire » est passé de mode ! Qu’attendez-vous donc pour décliner ses préconisations sur nos routes départementales ?

Pouvons-nous continuer, pour des raisons électoralistes ou clientélistes, mes chers collègues de droite comme de gauche, de donner 1,5 millions d’euros pour l’immobilier d’entreprise sans avoir de garantie d’embauche ? Où encore de financer 150 000 euros un boviduc à Charchilla ?

Pouvons-nous enfin accepter que l’Etat ne paye pas ses dettes et nous mettent dans une situation financière plus que délicate ? Monsieur le Président, nous vous avons déjà demandé un audit sur la dette de l’Etat envers le Conseil Général du Jura, nous réitérons cette demande. Nous vous avons déjà demandé d’ester en justice contre l’Etat, comme l’ont déjà fait des Conseils Généraux de gauche comme de droite, pour récupérer l’argent que l’Etat nous doit, nous réitérons notre demande.

Sur ces trois sujets, et le volet social, nous serons inflexibles.

La situation de nos concitoyens est trop grave, la crise est trop dure pour beaucoup. Vous devrez nous entendre, vous devrez avoir le courage de dire non à vos collègues de droite qui sont demandeurs. Annuler une dépense c’est plus courageux que de la repousser nous devons sortir de cette spirale et remettre à plat notre programmation , faute de quoi nous prendrons nos responsabilités.

Le chômage, l’endettement, le déficit ne sont pas des fatalités, des catastrophes naturelles dont on ne peut rien. Il est temps que les Elus locaux, que les parlementaires fassent preuve de volonté et d’imagination politique forte en cette année 2010, année Européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Patrick Viverge, le 28 mai 2010, pour le groupe Agir à gauche

1 commentaire:

ROGER REY a dit…

Merci pour votre soutien dans notre combat sur la mise un place d'un arreté départemental interdisant la traversée du Jura par les camions en transit et notamment sur la RD 678 dans la Vallée de la Vallière à Revigny,Conliège,Perrigny.